Séance inaugurale

Quand Canada devint Québec... Dr Bernard Pigearias

Quand Canada devint Québec : une balade sémantique sur les berges du Saint-Laurent…

Nous sommes en 1608 : Samuel de champlain, venu de sa Vendée natale, province française tournée vers l’Atlantique, aborde de nouvelles terres. Il avait pris une route beaucoup plus au nord que celle choisie par christophe colomb quelques 116 ans plus tôt. ce dernier, voguant autour du 21e parallèle, pensait ouvrir une nouvelle route vers les Indes et ses trop estimables épices : c’est ainsi que les Caraïbes découvertes en 1492 furent qualifiées d’Indes occidentales et leurs habitants… d’Indiens !

De champlain reste sur une latitude parisienne, le 48e parallèle, et observe sur les rives d’un estuaire d’une largeur impressionnante, des affleurements de terres rouges nommées « MEgWAEK » par les autochtones. Reprenant le vocable désormais en vogue, ces « indiens » vont être nommés Micmacs en reprenant phonétiquement leur vocable « MAKuMEgEK », littéralement le peuple de la terre rouge. Les terres étaient giboyeuses : des cervidés peuplaient ces immenses territoires, ces mammifères ruminants ongulés pourvus de magnifiques cornes, des « Elaphos kéraos » ou élans cornus.

Certains de ces cervidés à la robe rouge furent qualifiés par les Algonquins de « wapitis » en raison de leur croupe blanche, tandis que ceux à robe grise, sans doute repérés par quelques « nouveaux Français » venus de l’extrême sud-ouest de la France, les qualifiaient d’« ORIGNAUX » en raison de leurs basques origines : « orégnac » nommant le cerf en langue basque.

Les Algonquins et les Micmacs furent sans doute intrigués par les nécessités alimentaires des grands troupeaux de rennes, cervidés des grandes plaines arctiques, ces pays de l’ours (Arktos/ ARKTOS [ours]), les bien nommées : la quête de nourriture dans ces étendues gelées les obligeait à creuser la neige pour chercher quelque végétal à brouter, « creusant {comme avec} une pelle », traduction littérale de « caribou ».Ces caribous (XALIBU, KALIBU) ont d’ailleurs un museau épaté bien adapté à cet usage…
Les Indiens Micmacs voyaient revenir leur vieille connaissance : Samuel de champlain naviguait sur leur grand fleuve depuis 1603. S’arrêtant à Tadoussac, il avait remonté les rapides, parfois à pied, portant le canot qu’ils lui avaient appris à manœuvrer, sinon à construire avec l’écorce blanche  de cet arbre que les Européens appelèrent ensuite bouleau. Il trouva une île facile à défendre, propice au campement, un peu surélevée : pensant à son protecteur, henri IV, en bon cartographe royal, il la nomma « mont Royal ». Il ignorait que ce mot devait prendre une coloration hispanique et devenir « Montréal ».

Croisant plus au sud de cette embouchure majestueuse, il installa son campement, son « ALgATIg », ainsi que l’appelaient ses guides micmacs. De « royal » fut qualifié d’ailleurs le port, « Port-Royal », ainsi créé dans cette Arcadie devenue « Acadie ». Dans cette parenté phonétique entre le vocable micmac « ALgATIg », ARcADIE avait perdu un « r » pour devenir Acadie.
C’est que les explorateurs sont toujours en quête de leur Arcadie et du mythe qui lui est associé : c’est celui d’un âge d’or où dans cette province grecque du centre du Péloponnèse baignée par la mer Egée, bergers et bergères vivent des idylles pastorales dans un Eden retrouvé…
En ces temps de Renaissance des arts, des lettres et des sciences, une académie de l’Arcadie fut d’ailleurs fondée à Rome en 1690.

Champlain commença alors la construction de son « ABITATIOn », cœur historique d’une future capitale : c’était plus de soixante-dix ans après le passage d’un autre Français, un Malouin, Jacques cartier, qui, dans son deuxième voyage outre-Atlantique, avait lui aussi fait escale dans ce havre naturel et observé, partagé les coutumes des Indiens dits d’Amérique, les Amérindiens.
L’« ABITATIOn » de champlain était le relais obligé du négoce des fourrures avec une nation implantée dans les terres, les hurons, toujours en guerre – sans doute pour garder le monopole de cette activité lucrative – avec leurs voisins dont ils partageaient la langue et la culture. Sans doute par extrême courtoisie, ils les nommaient Iroquois, littéralement « vraies vipères »… cette ironie péjorative    à l’encontre de ce peuple est d’ailleurs passée dans la langue française de l’époque qualifiant d’iroquoise toute conduite ou parole bizarre. Jusqu’au xixe siècle, toute langue incompréhensible était… de l’iroquois !

Les hurons se sont vus ainsi appelés en raison de la coupe de cheveux des hommes, rappelant la hure des laies, les sangliers femelles. Leur nom d’origine est « Wendat », signifiant « insulaires », en raison de leur habitat sur une presque’île de la baie georgienne, une baie du lac… Huron, qui devrait donc être renommé en lac Wendat !
Champlain retrouvait ce grand fleuve poissonneux fréquenté par des peuples pêchant au harpon, ici nommé « ALgun » : les Algonquins, de la même famille culturelle que les Micmacs. naviguant au large de cette fin des terres micmaques, cette « GESPEDEG », la Gaspésie, remontant cette grande voie d’eau douce, il fit à nouveau escale dans ce « Kanada » ce village.
Ce « Kanada », ce village était si stratégiquement bien établi, là où le fleuve se rétrécit, le détroit algonquino-micmac, un « gEPÈÈg », passant au français en Québec.

C’est ainsi que Québec devait donner nom au « Kanada » algonquin avant de procéder lui-mêmedu… Canada, un bien grand village !
C’était un 3 juillet 1608, jour où l’on fêtait saint Laurent : le fleuve du « Kanada » était ainsi baptisé, et un peuple francophone commençait son histoire à Québec !
Ainsi, Canada devint bien Québec !
 
Bernard Pigearias
Co-Président de la Biennale de l’Espace Francophone de Pneumologie,Québec 12-14 octobre 2017
Correspondance. Courriel : dr.bernard.pigearias@wanadoo.fr (B. Pigearias)
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